dimanche 15 mai 2016

Le Livre de Vincent Meylan sur les Van Cleef et Arpels, les erreurs que je ne peux laisser passer.


En 2011, deux ans après avoir commencé mes recherches et mes publications sur l'histoire des Van Cleef et des Arpels, des rumeurs de procès me parvinrent aux oreilles, Une réunion avait eu lieu chez VCA, convoquée par le PDG de Van Cleef & Arpels de l 'époque, un journaliste était présent, Vincent Meylan.



Vincent Meylan est journaliste et historien, spécialiste de la haute joaillerie et l’auteur de plusieurs biographies et ouvrages consacrés à l’histoire des pierres précieuses, dont « Archives secrètes Boucheron « et « Trésors et légendes Van Cleef & Arpels », « Mellerio dits Meller. »
il est rédacteur en chef du service histoire et royauté à « Point de vue images du monde ».

En 2012 sortit son livre sur les Van Cleef & Arpels, qui est une réponse officielle à mes articles sur ce blog, puisque Vincent Meylan déclare lui-même avoir rencontré la famille Arpels qui lui a confié ses secrets et montré certaines archives.
Quatre ans plus tard je reviens sur ses écrits et trouve qu'il a été le plus honnête possible, dans la mesure où c'était une œuvre de commande, ce n'est pas la rectitude de travail d'une Stéphanie Bonvicini qui dans son livre « Louis Vuitton une saga Française » évoquait la collaboration excessive de Louis Vuitton, avec le Maréchal Pétain et le gouvernement de Vichy, Henry Vuitton aurait même entretenu de fortes amitiés avec les officiers de la Gestapo, obtenant de devenir l'un des rares industriels décorés par l'Allemagne nazie, d'ailleurs ce livre de madame Bonvicini reçut une couverture médiatique des plus faibles car LVMH, propriétaire de Vuitton, est l'un des plus gros annonceurs de la presse française et n'avait pas apprécié ce texte.
Certains passages des commentaires de Vincent Meylan sur l Histoire des Van Cleef et Arpels ont été mesurés, pesés, tenant compte de ce que j' avais écrit, mais je comprends qu'il ne pouvait contredire les commanditaires de ce livre, c'est à dire la direction de l'époque de VCA.
Quels sont les points de ressemblance entre l' histoire officielle (au travers du livre de Vincent Meylan) et la mienne qui relate les dossiers et archives historiques officiels ?

Quelles sont les différences expliquées par le désir de bâtir une Histoire merveilleuse en cachant des faits peu avouables?, où d'autres différences expliquées par l infidélités des souvenirs?, la transmission orale d'une mémoire vacillante et incertaine?, ou par la mauvaise foi ?

L'exposition des œuvres de Van Cleef & Arpels au musée des Arts décoratifs fin 2012, avait permis aux responsables de cette exposition de proposer une histoire de la Maison très proche de la vérité. Mais sur des points importants, j'ai préféré reprendre une analyse du travail de Vincent Meylan.
En noir et bleu:le texte de Mr Vincent Meylan et en rouge mes "critiques" ou reflexions


ESTHER, DITE ESTELLE ARPELS , Mme ALFRED VAN CLEEF
2 Janvier 1877, 24 décembre 1960

ll reste la photo de son mariage avec Alfred Van Cleef, le 8 juin 1895. Esther. dite Estelle Arpels, est l'une de ces silhouettes typiques de la Belle Époque.

Il n'y a pas une preuve de ce prénom d'Estelle, jamais elle ne s'est appelée Estelle, pas un papier n'existe, son surnom était Kiki et là il y a des preuves.
http://histoiredesvancleefetdesarpels.blogspot.fr/2015/03/esther-van-cleef-ne-sest-jamais-appelee.html#uds-search-results


Une jeune femme élégante, robe blanche à manches gigot, la taille extraordinairement fine serrée dans un corset. Incontestablement, elle est amoureuse. 
C'est un mariage entre cousins et le père d'Alfred étant décédé quand Alfred avait 11 ans et bien que la famille Arpels n'ait jamais communiqué sur ce sujet , ce doit être les Mayer et les Arpels qui ont aidé la mère d'Alfred à vivre.

Son mari, debout a côté d'elle, est un bel homme. ll est grand et la domine d'une tête. ll a la moustache conquérante, le regard clair. ll est plutôt mince. Elle a 18 ans. ll en a 23. Lui aussi semble avoir été conquis par cette petite femme (elle mesure 1,59 mètre), brune, aux yeux noirs. L'un et l'autre sont issus de la bourgeoisie parisienne "israélite" comme on dit alors pour ne pas dire "juive". lls sont cousins et appartiennent à des familles d'origine hollandaise et belge, spécialisées dans le commerce du drap. 



En effet Salomon Van Cleef était né à Gand en Belgique. En deuxieme noce, il épousera la fille des « Mayer » qui était dans le commerce des toiles. Salomon Arpels a longtemps travaillé avec son beau père Mr Mayer, dans ce commerce de toiles et lingeries, Salomon le père d'Alfred, aussi, et il était déclaré commerçant sur son acte de décès. Commerçant en quoi ?


L'époque n'est pas facile. Un an plus tôt a débuté l'une des tempêtes judiciaires les plus célèbres de tous les temps: l'affaire Dreyfus. Un jeune officier juif, Alfred Dreyfus, accusé d'espionnage, a été dégradé et condamné au bagne, sans preuves réelles.




Toute la famille: Les Van Cleef, Arpels, Mayer, Lyon , dès 1898 signa la protestation contre les persécutions qui frappèrent le Colonel Picquart qui était l' artisan de la révision du procès du Capitaine Dreyfus

" L'Affaire" durera plus de dix ans, jusqu'en 1906, date de la réhabilitation de Dreyfus. Elle empoisonnera la vie politique française en déchaînant une vague d'antisémitisme particulièrement violente. Est-ce un hasard? Cette même année 1906 est celle au cours de laquelle Alfred Van Cleef et son beau-frère Salomon, dit Charles, s'installent place Vendôme. 

L installation place Vendôme n'a rien a voir avec l affaire Dreyfus, une opportunité permit à Alfred et ses beaux frères de s'installer place Vendôme.
La première société entre Alfred Van Cleef et Salomon Arpels a été constituée en 1896, un an après le mariage, mais Salomon Arpels est décédé en 1903 et c'est son fils aîné Salomon qui remplacera son père dans la société déclarée au 34 rue Drouot, il semblerait que le siège social de cette société se trouvait au 34 rue Drouot , la ou habitait Salomon Arpels
 

au numéro 22, tout d'abord sous une seule arcade. La Maison familiale créée à
l'occasion du mariage d'Alfred et d'Esther ses dix premières années d'existence, elle a été domiciliée au 34 de la rue Drouot, l'adresse des parents d'Esther. Peu d'archives subsistent de ces dix premières années. 

En effet Il n'y a pas d'archives Van Cleef et Arpels antérieures à 1920, quant à cette photo de 1910 , la maison Van Cleef et Arpels ne l'avait pas, je l ai découverte à Vichy au centre Valéry Larbaud. 

Les deux fondateurs sont Alfred et Salomon Léon Arpels, l'époux et le père d'Esther. À la mort de ce dernier. en 1903, ses parts ont été héritées par ses enfants, notamment son fils aîné Salomon, dit Charles (1880-1951).

Salomon (fils) n'a modifié son prénom en « dit Charles »  qu'en 1926 pour son dossier de légion d honneur.


Ses deux autres fils, Jules, dit Julien (1884-1964) et Louis (1886-1976). rejoindront la Maison avant 1914. Quel a été le rôle d'Esther dans cette saga ? Selon la tradition, elle "s'occupait de la comptabilité" de la société.
Ce qui est possible. D'autres certifient qu'elle n'a jamais été associée directement à la joaillerie.

le terme « D'autres » me vise, et j'attends toujours une preuve de sa présence dans l entreprise, les témoignages oraux, provenants de membres du personnel, que j ai pu rassembler, n'ont jamais fait mention de sa présence.

Son souvenir est difficile à retracer, comme si elle s'était elle-même efforcée de dissimuler les traces, de brouiller les pistes. Les rares documents préservés par la famille Arpels.

Elle n'a brouillé aucune piste, tout a été détruit ou caché. Sur le site Histoire des VCA, j ai publié des centaines de documents :
http://histoiredesvancleefetdesarpels.blogspot.fr/

présentent une femme très indépendante, courageuse. qui ne s'est certainement pas contentée d'un rôle d'épouse effacée. De son union avec Alfred Van Cleef naîtra une fille unique, Renée (1896-1942).
En 1914, lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, la mère et la fille séjournent sur la Côte d'Azur, ce qui est assez normal en ce début d'été. Elles choisissent d'y rester durant les premiers mois du conflit. Esther s'engage comme infirmière à l'hôpital n°14 de Nice. Elle y servira de septembre 1914 à janvier 1915.Son médecin-chef, le docteur Philip, rend hommage a "son dévouement et sa compétence dans les soins aux malades, blessés et grands opérés".
ll ajoute: «Je suis tout heureux de pouvoir donner a Madame Van Cleef. au moment de son départ momentané occasionné par la mobilisation de son mari, ce témoignage si bien mérité de sa précieuse collaboration." Alfred Van Cleef a donc participé a la Première Guerre mondiale entre 1915 et 1918.

Alfred Van Cleef a fait son service en 1892 dans les services auxiliaires, n'étant pas accepté en 1914 par l armée il insista pour servir son pays et il est incorporé le 21 mars 1916 à la 22 ème COA, il est réformé 1ere catégorie le 5/2/1917 pour maladie aggravée au service (dossier militaire et de la Légion d'Honneur)


En 1916, Esther rejoint l'hôpital Saint-Nicolas à lssy-les-Moulineaux.
Esther, elle est spécialisée dans les grands brûlés, Cette fois encore, le médecin-chef, le professeur Lancien, souligne son extraordinaire dévouement dans les soins accordés a ces malades très difficiles, ses qualités d'enseignante dans la formation de 200 infirmières, le fait qu'elle ait été elle-même blessée lors d'une mission et, surtout, " l'excellent esprit qui lui permis de se rendre sympathique a toutes les personnes de l'hôpital qui ont été en relation avec elle".



Une seconde photo. fixée sur son passeport en 1938, juste avant la Seconde Guerre mondiale présente une autre image, bien différente de la première. la petite brune piquante de 1895 est devenue une dame imposante. parée d'un double collier de perles. Ses cheveux gris argent sont courts et crantés, dans un style Elvire Popesco. Le visage, tout comme la silhouette, s'est arrondi. Esther est veuve depuis peu. ll semble que son mariage avec Alfred ait connu quelques périodes délicates, du fait des liaisons de ce dernier.
Elle a 61 ans, une fille unique, elle-même veuve, âgée de 42 ans et qui n'aura pas
de descendance. Peut-être est-elle un peu seule, sans doute mélancolique?
Elle ne se doute pas que la vie lui réserve les moments les plus difficiles de son existence. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'invasion de la France et l'occupation vont bouleverser la vie de cette femme déjà âgée pour l'époque. Réfugiée dans le sud de la France, afin d'échapper aux lois antisémites en vigueur dans la partie occupée du pays.

Esther était à la villa de Mougins, mais prévenue par un coup de téléphone, Léa Arpels et elle vont se cacher, Esther se réfugie peut être à Embrun, Léa Arpels est cachée dans une cave à Mougins et Jacques Arpels est à Saint Paul de Vence il déclare avoir fui dans un premier temps à Embrun.



Il était réfugié chez Madame Deliquaire, antiquaire à Cannes qui possédait une maison à Saint Paul de Vence après ils'enfuit en Suisse, il passera la frontière le 11 mai 1944 et quittera la Suisse le 14- octobre 1944.

Elle semble n'avoir eu que des rapports distants avec sa fille Renée qui, elle est installée à Vichy ou la Maison possède une boutique.
La mort de cette fille unique en 1942 a sans doute bouleversé Esther. Mais il est difficile de savoir a quel moment la nouvelle de cette mort tragique - Renée a mis fin à ses jours - lui est parvenue. 


Mr Bry qui se présentait après la guerre comme le sauveur
de la maison Van Cleef et la "juive" Mme Puissant
Le colonel Marty a été prévenu de suite, l' ancien amant de Renée Rachel « Elie Scali »fut prévenu à temps (a plus de 400kms en pleine guerre) et assista à son inhumation dans la fosse commune de Vichy, Monsieur De leseleuc le sut très vite. L'administrateur de l' Aryanisation de VCA René Bry prévint les Allemands dès le mois de novembre, il serait surprenant qu'aucun des quatre n'ait prévenu Esther Van Cleef ou Jacques Arpels.



Un document très émouvant conservé dans les archives de la famille Arpels, donne quelques indications sur le destin d'Esther durant cette période extrêmement difficile. Il s'agit d'une attestation fournie par le capitaine Rambaud, commandant les F.F.l. de la région d'Embrun-Queyras. ll certifie que Madame Van Cleef a "beaucoup aidé la Résistance pendant son séjour a Embrun. Afin d’éviter les recherches de la Gestapo, cette personne a vécu à Embrun sous une fausse identité...".



Le papier publié par Vincent Meylan n'est pas signé, personne n'a connaissance de ce capitaine Rambaud, (à ne pas confondre avec un autre commandant Rambaud) et  bien que j aie reçu un message d un habitant d'Embrun disant que son grand père avait accueilli un Van Cleef, la Mairie d'Embrun répond que c'est une autre personne du nom de Van Cleef,prénommé  Ziegfried, Il serait nécessaire de connaître sous quelle identité elle se présentait à cette période.
Elle avait apparemment conservé son passeport!!


Portrait de "Kiki" qui s'est retrouvé en vente publique il y a peu  et parti pour peu cher.


La tradition familiale des Arpels ne conserve que de merveilleux souvenirs celle que chacun surnomme «tante kiki » infirmière courageuse durant la Première Guerre, combattante de la Résistance durant la Seconde. elle est aussi le lien fondamental qui unit les deux familles Van Cleef et Arpels. Et ce rôle s'appliquera aussi a la préservation de la société Van Cleef & Arpels. Héritière d'une partie des parts de son époux Alfred, mort en 1938, elle sera aussi l'héritière unique de sa fille Renée, dont le testament olographe daté du 31 octobre 1938, désigne clairement sa mère Esther comme " légataire universelle" 

Les parts de Alfred ont été entièrement transmise à sa fille Renée Rachel plus 3 millions de l'époque ainsi que le précise le dossier d'Aryanisation de VCA et le dossier de la Treuhand. Sinon Renée Rachel n'aurait pas été la « patronne » de 1938 jusqu’à l'aryanisation organisée habilement par elle même pour tromper les Allemands.


A sa mort en 1960, Esther transmettra ces mêmes parts a ses trois neveux, Claude, Jacques et Pierre,
Dans son testament, ils sont en effet désignés comme légataires universels de ses biens pour un tiers chacun.
Renée Puissant naît a Paris. Dans le IX° arrondissement, quinze mois après
le mariage de ses parents, Alfred Van Cleef et Esther Arpels. Elle sera d'ailleurs leur unique enfant.

Une petite fille et sœur de Renée Rachel etait née et décédée le 17- août 1897 à Paris

De ses jeunes années. Aucun témoignage direct ne nous est parvenu. Le fait n'a rien de surprenant, à une époque ou l'éducation des jeunes filles n'est pas liée a une accumulation de diplômes ou à un apprentissage professionnel. Seule la liste de ses prénoms donne peut-être une indication des tendances libérales dont font preuve ses parents. En effet, elle est déclarée a l'état civil en tant que Renée Rachel Van Cleef, Le prénom juif passe au second plan et c'est sous celui de Renée qu'elle sera connue toute sa vie.


Un peu tiré par les cheveux !!!Esther avait une petite sœur née 15 mois après elle , qui se nommait Rachel Arpels, (il y a au moins 4 Rachel dans la famille Arpels) Rachel Arpels est née le 11-4-1878 se maria avec Samuel Campignon le 8-6-1902 et décéda le 14-8-1906, Rachel est enterrée au carré juif de Montparnasse avec ses parents, et son frère Salomon dit Charles Arpels Il y eut aussi Armand Campignon qui fut le premier mari de Lucienne Arpels la fille de Louis qui fut collaborateur de Louis Arpels Chez Van Cleef & Arpels


Elle n'a pas encore 18 ans lorsque débute la Première Guerre mondiale, au cours de l'été 1914. À l'époque, elle réside avec sa mère sur la Côte d'Azur, ou Alfred Van Cleef a envoyé son épouse et sa fille pour les éloigner du cadre des opérations militaires. le premier élément connu de sa biographie est son mariage, en 1918, avec Émile Puissant, un jeune officier soigné dans l'un des hôpitaux où sa mère, Esther, est infirmière. 

C'est Esther Mère de Renée Rachel qui fit la connaissance à l hôpital d' Émile Puissant, Lieutenant de Chasseurs grièvement blessé qui gardera une main atrophiée et sera décoré de la Légion d'Honneur à Titre militaire, C'est Esther qui le présentera à sa fille.

Sans doute. peut-on parler de coup de foudre. Né le 16 avril 1891, Émile a alors 26 ans. ll est officier de chasseurs alpins et a certainement belle allure dans son uniforme le jour de leur mariage.
Mariage de guerre donc, mariage discret dont ne subsiste aucune photo.
Des l'armistice. Émile rejoint la Maison familiale créée par son beau-père et les oncles de son épouse. ll y occupe les fonctions de directeur administratif et. très vite, se fait remarquer par ses idées novatrices en matière de publicité et de ce que l'on appellerait aujourd’hui la communication. ll inaugure une pratique révolutionnaire a cette époque dans le monde de la joaillerie: les ventes promotionnelles d'une partie des bijoux du stock à tarifs réduits.



ll meurt prématurément le 14 février 1926, dans un accident de voiture sur la Côte d'Azur.
A partir de ce veuvage, Renée va sortir de l’ombre. Les rares photos d'elle qui nous soient parvenues montrent une femme très élégante qui fréquente volontiers les champs de courses et les soirées mondaines.
Elle y côtoie ces femmes du monde qui influencent et portent la mode. Veuve. Sans enfants, et sans doute oisive. elle propose de prendre en main la direction artistique de la maison. 

D’où vient cette idée qu'elle ait proposé de prendre en main……. ? Renée Rachel était très aimée par son père, à la mort de son mari cela paraît naturel de la faire rentrer dans la maison VCA.


Rares Photos en effet
Autodidacte, elle avoue volontiers n'avoir jamais tenu un crayon dans ses mains. Ce qu'elle apporte, ce sont des idées et surtout cet instinct très sensuel du porté des bijoux. Un flair qui passe par le toucher d'un serti, la souplesse d'une monture, l'audace d'une alliance de pierres ou l’innovation d'une technique. Elle est sans doute également la première à incorporer aussi nettement les créations de Van Cleef & Arpels dans les tendances de la mode, Loin de négliger la qualité des pierres, qui reste l'un des critères d'excellence de la Maison, elle les intègre dans une ligne élégante qui permet aux femmes de les porter avec encore plus d'aisance.
De sa collaboration avec les dessinateurs, surtout avec René Sim Lacaze, et les ateliers, vont naître quelques-uns des chefs-d'œuvre de Van Cleef & Arpels.
Le Serti Mystérieux, qui consiste a sertir les pierres calibrées, incisées sur leurs côtés de minuscules rainures, sur des rails d'or, afin que la monture disparaisse totalement. est breveté en 1933, sous son règne artistique, même s'il semble qu'Alfred Van Cleef ait étudié cette technique depuis plusieurs années. 


Journal le temps 11-1933



Journal Le temps 1934

Ne pas oublier aussi « la Minaudière » qui fut aussi créé sous sa direction artistique , ainsi que le Passe Partout et certainement aussi la Fermeture Éclair baptisée ZIP, et toutes les œuvres de la belle période de Van Cleef et Arpels de 1926 à 1940.C'est Alfred Langlois qui etudia et  réalisa le serti mystèrieux même si c'était dans l air aussi des autres confrères.

Elle est sans doute à l'origine de la plupart des joyaux créés pour la duchesse de Windsor entre 1935 et 1940.
De ses conversations avec la duchesse naîtra une autre idée révolutionnaire qui, aujourd'hui encore, est l'un des fleurons de la Maison: le collier Zip. ll est inspiré
de la fermeture Éclair, qui fait son apparition sur les vêtements des élégantes a la fin des années 1930. Découvert aux États-Unis en 1851, le procédé n'est finalement breveté que quarante ans plus tard par l'Américain Whitcomb Judson. Comme toujours.
cette innovation remporte un succès mitigé et il faudra attendre son amélioration par le Suédois Gideon Sundback, en 1912, pour qu'elle commence à se répandre. Utilisée sur les uniformes de marins et d'aviateurs, elle est d'abord un accessoire militaire.
Et c'est sans doute sur les uniformes de son premier mari, un aviateur nommé
Earl Winfield Spencer, que la future duchesse de Windsor la découvre. A la fin des années 1930, elle aurait demandé à Renée Puissant d'étudier la création d'un collier souple adoptant la forme d'une de ces fermetures à glissière, comme on les nomme alors. 

Il n'y a aucune preuve de cet « aurait demandé » Il y eut une fermeture éclair en diamants de réalisée pour une robe du couturier Robert Piguet en 1938.
Il faut lire: http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2016/05/le-zip-de-van-cleef-et-arpels-legende.html

L'idée n'aura pas le temps de voir le jour avant la Seconde Guerre mondiale, mais elle sera reprise par la Maison Van Cleef & Arpels en 1951.
Passionnée par son travail de création. Renée Puissant ne s'est jamais remariée et on sait peu de choses de sa vie personnelle. D'elle, il reste quelques actes administratifs conservés dans les archives de la famille Arpels. Le 31 octobre 1938.
Elle rédige son testament. Âgée de 42 ans, elle se doute qu'elle n'aura jamais d'enfants. Elle vient d’hériter de son père.
Alfred Van Cleef, décédé le 1 juin de la même année, un nombre important d'actions de la joaillerie familiale.
Elle choisit de les léguer a ses oncles, Charles Salomon, Louis et Jules Arpels ou, a défaut, a ses cousins germains:
Claude, Jacques et Pierre Arpels. Sa mère. Esther Van Cleef née Arpels, recevra
l'usufruit de sa fortune. Trois mois plus tard, le 6 janvier 1939, elle confirme
ses intentions en donnant la nue-propriété de ses actions à ses cousins germains.
Jamais, ni sa mère, qui fera rapatrier son corps au cimetière de Nice ou elle
repose à côté de son père, ni ses oncles. ni ses cousins n'évoqueront sa disparition
tragique. 

Le corps de Renée Rachel ne fut rapatrié qu'en 1946. pour régler la succession. Il est regrettable qu'ils n'aient pas cherché a connaître les circonstances de sa mort.




L'extrait du registre des décès de la ville de Vichy, qui se trouve dans le dossier de sa succession, est d'une sécheresse administrative: "Le 12 décembre 1942, a quinze heures, est décédée en son domicile. 113, boulevard des États-Unis, René (sic) Van Cleef, née a Paris (lX° arrondissement) sans profession."
Pourquoi Renée Puissant s'est-elle réfugiée justement à Vichy, capitale provisoire de la France du maréchal Pétain ? Peut-être parce qu'elle pensait que son amitié avec Josée Laval, la fille du ministre de l’intérieur Pierre Laval. la protégerait des lois anti juives.

Renée Rachel avait (comme le gouvernement)suivi la débandade de l' exode après avoir arrangé une fausse aryanisation, sauvant ainsi la maison, car il n'est pas sûr du tout que la Maison sans cet acte aurait pu être récupéré après guerre. Ajoutons que le choix du Comte de Leseleuc , homme honnête, fut extrêmement important. La Maison aurait pu être vendue à quelqu'un qui comme dans de nombreux cas n'aurait pas rendu la maison VCA après guerre, au prétexte (comme beaucoup, tel Mellerio vis à vis de Mr Seligman) que la vente avait été faite légalement par l intermédiaire du SCAP.


Devant Bousquet, a gauche le petit homme au crane dégarni est René Marty

Le mari de Josée Laval, Mr De Chambrun se servira d'ailleurs du personnage de Renée Rachel pour la défense de son beau père Pierre Laval, D'autres comme René Bousquet ou René Marty se servirent de son nom pour leur défense après guerre, mais n'ont rien fait pour elle à Vichy,

En revanche, il reste un mystère a ce sujet, Comment Jacques Arpels (juif ayant souffert de cet état) a-t-il pu embaucher après guerre René Marty, le cousin et  secrétaire particulier de René Bousquet, organisateur de la rafle du Vel D' hiv, Préfet de police à Vichy, lui même organisateur de la rafle de Marseille ? Il était impossible à la famille Arpels de ne pas connaître ces faits.


Pourquoi a-t-elle mis fin a ses jours. le 12 décembre 1942, un mois presque jour pour jour après l'envahissement de la zone libre par les armées allemandes? Peu importe la réponse.



Elle avait été chassée de son magasin par le bon docteur Ménétrel, éminence noire du Maréchal qui expliqua que le Maréchal ne voulait pas voir de magasins juifs sur le parcours de sa promenade.


Hotel Queen's

Elle fut chassée de sa chambre confortable de l'Hotel Majestic (hotel ou résidait Pétain) elle se relogea dans un hotel moins prestigieux, à l Hotel Queen's et trois semaines après, en pleine dépression apprend qu'elle devait se présenter au commissariat de police de Vichy pour faire apposer sur ses papiers la mention « Juive »  C'était à partir du 12-12-1942, elle se suicide ou est suicidée ce jour là.

Les Archives de la police, transférées à Paris n'ont pas cru bon de répondre a ma demande concernant un éventuel constat de son suicide.

Elle reste l'une des créatrices les plus importantes de son temps.

Si on tient compte de l influence qu'elle avait sur son père, les mémoires de René Sim Lacaze sont très précises, ce fut en effet une grande directrice artistique