vendredi 25 mai 2012

Jacques ARPELS: Fuite en Suisse en mai 1944

Monte Cassino; cliquez pour agrandir toutes les images

Le 19 mai 1944 , fin de la bataille de Monte Cassino , ce monastère était un symbole de la résistance allemande depuis le début de l année. les temps changent.
Ce fut une boucherie, elle a inspiré Alberto Moravia pour son roman qui fut adapté en un film dans lequel joua Sophia Loren. Le corps expéditionnaire français, dirigé par le général Alphonse Juin, constitué notamment de soldats marocains, algériens, tunisiens et sénégalais des colonies françaises, se rendit coupable de crimes de guerre dans les environs de la région de la Ciociarie en Italie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinats de ceux qui essayaient de les défendre) se multiplient autour du Monté Cassino. Les chiffres varient entre 700 et 2 000 femmes violées, et environ 800 morts. Ces exactions ont reçu en Italie l'appellation de marocchinate (littéralement « maroquinades »)
Mais en France les juifs ont peur, et on continue ce jour là de déplacer, de déporter, de gazer.
http://resistancememoires.over-blog.com/article-1342080.html


Hotel Cavendish


La fin de la guerre approche, d'autres ont peur, à Cannes le siège de la gestapo est à l hôtel Cavendish.

A Cannes se trouve Esther (qui ne s'est jamais appelée Estelle) Van Cleef , elle loge au Carlton en 1942, y est elle encore en 1944?
Jacques Arpels son neveu se trouve aussi à Cannes ou Van Cleef & Arpels ont une succursale, il estime que sa vie et celle de sa femme sont  en danger, ils partent tous a Mougins dans la maison de Leah Arpels  jusqu'a ce jour du 14-12-2015 je ne connaissais pas les raisons de ce départ.
Au mois de janvier 1944, Mr Lacloche, apparenté aux Arpels est arrêté par la Gestapo à Mougins, ils veulent savoir ou se trouve Jacques Arpels. Prevenu Jacques Arpels et sa femme partent le jour même vers la Suisse. A moins d'un mois du débarquement en Normandie et a moins de 4 mois du débarquement en provence Il va se diriger vers la Suisse ,


Itinéraire de Jacques Arpels et sa femme en mai 1944

Comment? avec quelles complicités? seul? 

Il est passé près de GAP, pour le reste du trajet je ne puis que constater qu'il passe la frontière près de Geneve et il est arrêté.






Frontière franchie clandestinement, le 11 mai 1944 il traverse la riviere Foron  à proximité du poste.

Le Foron est une rivière française des Alpes, à la frontière avec la Suisse et un affluent de l'Arve donc un sous-affluent du Rhône. Wikipédia

J'ai lu que si les réfugiés se présentaient aux postes frontières, ils étaient refoulés alors que s'ils franchissaient la frontiere en dehors des postes, et qu'ils étaient arrêtés en Suisse, ces réfugiés  étaient transférés pour interrogatoire et avaient plus de chances de ne pas être refoulées, ce qui fut le cas des Arpels









Il s'ensuit les interrogatoires d'usage: il déclare qu'il est "le directeur patron" de la Maison Van Cleef et Arpels, il lui est demandé s'il sait ou loger, amis ou hotel il répond "oui si j'en ai le droit, je ne sais pas encore" a ce moment il ne parle pas de sa femme qui n'est pas encore passée en Suisse, ce qui me fait penser qu'ils avaient une structure ou un passeur.

A la question avez vous déjà séjourné en Suisse? il répond:



L'ecole nouvelle de Chailly n'a pas retrouvé sa trace, j'ai insisté mais ils ont été formels,Il n'a pas fréquenté cette école, mais Jacques Arpels devait etre conseillé sur les réponses à donner au passage de la frontière.


Il est interrogé sur sa femme et répond qu'il ignore ou elle se trouve actuellement.

Le 23/5/1944, son avocat, maitre Jean Brunschvig 2 place du Lac à Genève écrit.
Au département Fédéral de Justice et police de Berne:

J’ai l’honneur de solliciter la libération du camp de Mr Jacques Arpels et de sa jeune femme…………………
Jacques Arpels a fait toutes ses classes au Lycée Jeanson de Sailly…(j'ai lu sur des sites qu'il avait fait ses études dans un autre  lycée catholique très parisien) il a poursuivi ses études en Angleterre et en Allemagne, puis a commencé son apprentissage chez son père ou il a occupé une place en vue dans la maison VCA……………………………………….
Mr Arpels a fait une partie de ses études à Lausanne ou il a été condisciple du Roi Farouk avec lequel il a conservé des relations suivies.

La Division de police peut prononcer l’internement des émigrants
dans un établissement sous surveillance ou dans un camp si elle le juge nécessaire. Les
fugitifs civils doivent être refoulés, à l’exception des femmes, des enfants âgés de moins
de seize ans, des hommes âgés de plus de soixante ans et des invalides. Aucun recours
contre le refoulement n’est possible. Cet arrêté ne s’applique pas aux déserteurs ni aux
réfugiés considérés comme politiques. Selon la circulaire confidentielle de la Division de
Police datant du 13 août 1942 : « Ceux qui n’ont pris la fuite qu’en raison de leur race,
les Juifs par exemple, ne doivent pas être considérés comme réfugiés politiques ». Elle
précise aussi les conditions du refoulement : « Aucun étranger de nationalité autre que
française ne peut être refoulé en France non occupée ». Pour que les conditions d’accueil
précises ne s’ébruitent pas, « il ne doit être donné aux étrangers aucun renseignement relatif
aux catégories de réfugiés ne devant pas être refoulés. »
A travers cette circulaire, la Suisse rompt officiellement avec la tradition d’asile, le
danger de mort ou de persécution n’est plus une condition déterminante pour l’accueil d’un
réfugié.

Alors Jacques Arpels va écrire à, ou contacter diverses relations, ou le plus souvent faire contacter par sa femme qui est arrivée en Suisse et qui est libre de ses mouvements(ce pourquoi les réponses lui sont souvent adressées)

Sur un formulaire pour visiteurs au nom de son avocat il est noté à la main le 24/5/1944 :
Charmilles ou Champel
Chiffre 35
Un des plus gros bijoutiers du monde.




· Le camp des Charmilles, ouvert le 28 septembre 1942, est d'abord un lieu de réception
des réfugiés, puis de quarantaine, pour devenir au mois de septembre 1944 un camp de rapatriement.
Dès son ouverture et jusqu'au 2 janvier 1943, 4'463 réfugiés sont immatriculés dans ce camp.
Selon les chiffres fournis par le major Jacques Adert59, environ 1'260 réfugiés entrent dans ce camp
durant le seul mois de décembre 1942. A la même époque, le camp des Cropettes, situé dans l'ancienne
école du quartier, est ouvert pour fonctionner comme centre d'accueil et de triage.
· Le quartier du Bout-du-Monde connaît également un camp. Nommé camp de Champel
(ou du Bout-du-Monde60), il est ouvert le 25 septembre 1942 et ferme ses portes le 1er juillet 1945.
Il fonctionne d'abord comme camp de quarantaine, puis devient très rapidement un camp d'accueil.

Sur une lettre des services de police : Division Contrôle de l’habitant :
Les moyens d’existence des prénommés étant assurés nous donnons un préavis favorable à leur internement civil à Genève………………….un engagement d’entretien de Mr Jean Armleder directeur propriétaire de l’hôtel Richemond à Genève.

Le Richemond est un prestigieux hôtel 5 étoiles qui bénéficie d'un emplacement idéal, en face des célèbres jardins Brunswick. Il donne sur les Alpes, le lac Léman et la cathédrale de Genève.




Lettre de Jacques Arpels  camp de Champel, Bout du Monde  Genève : au Docteur Caspari à Genève

Jacques Arpels explique que Mr Huguenin (Beau-frère du docteur),  a beaucoup insisté pour qu’il lui écrive.
J. Arpels demande au Docteur des recommandations pour qu’ils soient rapidement libérés , ou que sa femme puisse rapidement  terminer sa « quarantaine » dans une clinique car sa santé est fragile………….il ajoute en PS
Si vous avez l’occasion d’écrire à Monsieur Huguenin, voudriez-vous être assez aimable pour lui dire que Lulu et Jacques sont en bonne santé !!!

Une fois arrêté, le réfugié est conduit au poste frontière pour établir une première
déclaration sommaire. Il est ensuite conduit au poste de gendarmerie collecteur de Jussy,
Chêne-Bourg ou Bernex pour un deuxième interrogatoire, voire pour y passer la nuit. Puis
il est placé dans un centre d’accueil où on crée un dossier et on établit une nouvelle
déclaration. A ce stade, le réfugié est expulsé rapidement s’il ne correspond pas aux
catégories définies par les différentes instructions. En cas de doute, la Division de Police
de Berne tranche. S’il est accepté, le réfugié est interné dans un camp de quarantaine
pour une durée de vingt et un jours, période pendant laquelle son dossier est complété et
d’éventuelles enquêtes sont menées. Après sa période de quarantaine, on le place dans un
camp de triage jusqu’à la décision qui permet son transfert dans un camp de travail, dans
un home, chez une personne privée ou son placement chez un agriculteur

Son avocat ecrit le 23 mai 1944 au département fédéral de justice et de police







Lettre de recommandations de Mr Pierre BIGAR le 24/5/1944

 Pierre Bigar, le responsable du Comité juif pour l'aide aux réfugié, personnalité qui s’est elevé contre la politique raciste de la Suisse pendant la guerre
Lettre du directeur de la caisse publique de prêts sur gages de Genève à l’avocat de Jacques Arpels

Lettre du docteur Caspari qui dit ne pas connaître Jacques Arpels  mais indique que son beau-frère Mr Paul Huguenin, officier aviateur Suisse (en congé à Paris) ou il est actuellement directeur remplaçant après 15 ans de stage a la maison VCA.
En réalité Mr Paul Huguenin est signalé dans le dossier d’Aryanisation de VCA comme directeur du magasin de Cannes







Lettre de Paul Lebet administrateur de la maison Vacheron et Constantin.




Première Guerre mondiale et des instruments pour l’automobile. Pour cause de santé, Edmond Jaeger se retire peu à peu du monde des affaires dès 1918. Venu de la Manufacture LeCoultre, Paul Lebet lui succède à la tête des ateliers horlogers Jaeger de Paris. Dès 1937, les montres créées dans le cadre de la collaboration entre Jaeger et LeCoultre seront désormais signées Jaeger-LeCoultre.

Juillet 1945
t PAUL LEBET
Nous apprenons le décès, après quelques semaines de
maladie, de M. Paul Lebet, administrateur des maisons
« Jaeger - Le Coultre et Vacheron et Constantin », à
Genève.
Le défunt, très connu dans le monde horloger, a consacré
au service de ces deux maisons une grande part
de sa laborieuse existence et le meilleur de ses forces
et de ses remarquables capacités.
Pendant plus de trente-cinq ans, à l'étranger d'abord,
puis en Suisse, il se dévoua sans compter à la direction
de ces deux firmes auxquelles il assura un brillant
développement.
Qu'elles trouvent ici, ainsi que sa famille en deuil,
l'expression de notre respectueuse sympathie et nos sincères
condoléances.

D'autres lettres de personnalités , de professionnels du diamants sont adressées pour recommander Jacques Arpels et sa femme. 



Le 31/5/1944 A l’attention de Mr Thevenoz au département police de Berne, Maitre Jean Brunschvig lui demande  la libération des Arpels.
Entre temps Jacques Arpels a été envoyé en camp de travail près de Zurich.

Le 12/6/1944
Le chef de la police demande à la direction centrale des camps de travail de Zurich:
Nous vous prions de vouloir bien convoquer sans tarder le prénommé dans un camp de travail car l’avocat de ce réfugié insiste beaucoup pour que nous libérions son client sous contrôle militaire à Genève en attendant la convocation dans un camp de travail.

Le 12/6/1944
Réponse de Mr Thevenoz: nous sommes disposés à placer Mme Arpels en résidence privée à Genève et Mr J Arpels reconnu apte au travail sera appelé dans un camp.
Sur un formulaire pour visiteurs  (son avocat) il est noté au crayon

Voudrait aller dans l’agriculture
Mtre B cherchera un Agriculteur

Aux Avants (camp où il se trouve)

Le 22/6/1944 Avis d’entrée de Jacques Arpels dans le canton de Berne, ou se trouve le camp de EGGIWIL


Eggiwil
"Une  Lettre du conseil communal de Grolley du 13/7/1944 explique que


Village de Grolley
Devant effectuer un service militaire, Mr Page qui dispose d’une exploitation agricole importante de 63 poses, ….il recherche une main d’œuvre dont il ne peut disposer dans la commune




Diverses lettres pour autoriser l’agriculteur à  se voir affecté le réfugié français…

Le 8/8/1944 lettre de Hans Badrutt du palace hôtel à Saint Moritz  qui propose pour Jacques Arpels un travail comme employé de bureau.

Suivent diverses lettres pour les formalités telles billet de train pour aller chez l agriculteur…
Il entre en fonction le 10/8/1944 et signe un engagement en 16 points tels…..ne pas quitter le territoire de Grolley.



Je m’engage :
1. A respecter toutes les règles de l’hospitalité vis-à-vis de la Suisse et de m’abstenir
de tout acte qui pourrait lui être préjudiciable, notamment de toute activité politique
ou de recherche de renseignements au profit de tiers.
2. A ne pas quitter la Suisse sans annoncer mon départ, au moins 24 heures à l’avance, à
l’Officier de police de l’arrondissement territorial de Genève.
3. A ne pas m’absenter du canton de Genève sans une autorisation spéciale de l’Officier
de police de l’arrondissement de Genève.
4. A loger à et à ne pas changer de domicile sans autorisation.
5. A être constamment au domicile de 2400 à 0600 heures.
6. A observer les prescriptions concernant l’obscurcissement 2200 à 0500 heures.
7. A régler sans délai mes frais de pension et à ne faire ni dette, ni dépense inutile.
8. A poursuivre activement mes démarches afin d’obtenir, le plus rapidement possible,
les pièces nécessaires à mon départ de Suisse.
9. A ne pas pénétrer dans la zone militaire.
10. A ne fréquenter ni bars, ni dancings.
11. A ne pas sortir par groupe de plus de 5 personnes.
12. A me comporter, en toute circonstance, avec la plus grande discrétion.
13. A ne me livrer à aucune activité lucrative quelconque et à m’abstenir rigoureusement
de tout trafic quelconque, notamment en ce qui concerne les titres de rationnement
et les marchandises auxquelles ces titres donnent droit.
14. Les frais de séjour sont à la charge de Communauté Israélite
15. J’ai pris bonne note, d’autre part, des ordres qui m’ont été communiqués.
16. Le non-paiement des frais d’entretien, la mauvaise conduite ou la non-observation
du présent engagement entraîneront mon refoulement immédiat.






Le 26/8/1944 il écrit  au directeur de la justice et de la police, service de Police des étrangers pour demander  son « refoulement en France, étant donné la situation actuelle en France je désirerais me présenter aux autorités françaises à Annemasse, dans ce but je vous demanderais de me faire refouler par le poste de Mollefulaz dans le plus bref délai » …….et demande qu’on lui rende papiers et argent.

Le refoulement peut aussi être « sur demande » ou « volontaire ». Lorsque l’on souhaite
retourner en France sans avoir l’autorisation administrative, on peut franchir la frontière
grâce à cette procédure. Ce type de refoulement a surtout lieu à la fin de la guerre lorsque
certains réfugiés internés souhaitent pouvoir retourner en France en évitant une procédure
plus longue de rapatriement.

Même demande de la part de sa femme

Le 9/9/1944 L’agriculteur Fernand Page fait savoir qu’il n’a plus besoin de lui

Le 20/9/1944 « la direction de justice et police du canton de Fribourg lui fait parvenir différentes formules concernant votre rapatriement »


Lettre de Perard & Billy avocats au barreau de Genève du 29/9/1944




Ils écrivent au département fédéral de justice  et police pour leur indiquer qu’ils sont chargés des intérets de M Jacques Arpels interné a Grolley . Il indique que leur client ayant des revenus suffisants voudrait sortir du camp et s  ‘installer  dans une région du canton de Vaud, ils demandent de leur adresser un formulaire s’il doit y en avoir un a remplir.

Le 12/10/1944 une lettre merveilleuse du département Fédéral

« Le commissariat Français aux prisonniers, déportés, et réfugiés nous a fait parvenir le laissez-passer établi pour votre retour en France Veuillez-vous annoncer avec votre épouse le 14/10/1944 avant 18 heures à Genève au camp des Charmilles.
C’est là que vous seront remis le laisser passer et les différentes pièces d’identité que vous auriez déposées à votre entrée en Suisse ainsi que votre argent et vos valeurs, sous déduction du montant des créances du droit public.
La  Suisse a eu le privilège de vous accueillir dans votre détresse. Il ne nous a pas toujours été possible de donner à chacun des nombreux réfugiés tout ce que nous aurions voulu leur offrir.
Nous espérons néanmoins que ce séjour en Suisse vous aura rendu service et nous formons tous nos vœux pour votre avenir et celui de votre pays……………………….. »


Le 15/10/1944 Jacques Arpels et sa femme peuvent rentrer en France


1 commentaire:

  1. Mais pourquoi avoir fui en Suisse, quand il suffisait de rentrer a Paris ? Jacques Arpels avait il peur des francais ? Et Pourquoi ?

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